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Commune rurale de Saaba: Plus de 2000 ha distribués à des promoteurs immobiliers

En 2018, nous publiions un article sur la Commune rurale de Saaba où nous relevions que cette Commune était devenue l’eldorado des promoteurs immobiliers. Depuis lors, visiblement rien n’a changé. Cette Commune rurale reste toujours la destination à ne pas manquer pour les promoteurs immobiliers. A ce jour, ce sont des dizaines de sociétés immobilières qui ont envahi cette terre «promise». Lors de sa dernière session tenue du 19 au 22 mars 2019, le Conseil municipal avait à son ordre du jour, un point assez particulier : «Etat des lieux des dossiers de promotion immobilière». C’était le point d’attraction. Il devrait permettre aux conseillers de se pencher sur des demandes de possession foncière faites par des promoteurs immobiliers. Aux résultats, plus de 2 740 hectares attribués à des sociétés  immobilières. 

La promotion immobilière a visiblement de beaux jours devant elle dans la Commune rurale de Saaba. La corruption aussi. Pourrait-on dire. A chaque session du Conseil municipal de cette Commune, l’attraction majeure de l’ordre du jour demeure le point portant sur la promotion immobilière. Ce lotissement déguisé : «Etat des lieux des dossiers de promotion immobilière». Tout comme lors des dernières sessions, le point était encore inscrit à la grande joie d’une catégorie de conseillers, considérée dans la zone comme le groupe des «mafieux». Pour sa première session ordinaire de 2019, le Conseil avait à nouveau à délibérer sur des demandes de promoteurs immobiliers. Au total, 27 sociétés avaient des dossiers en attente de délibération. Bien évidemment, les conseillers municipaux ont encore donné leur quitus. Il ne reste que l’aval de l’autorité de tutelle, le haut-commissariat.

Selon des sources internes au Conseil municipal, 16 sociétés ont vu leur demande acceptée avec des fortunes et superficies diverses. Le plus petit espace attribué est de 6 hectares et le promoteur immobilier le plus chanceux s’en sort avec plus de 600 hectares.

Pour l’ensemble des 16 agences immobilières qui ont eu le quitus du Conseil municipal, c’est au total 2.740,0175 hectares qui ont été attribués. L’agence Saha immobilier SA se taille la plus grande part avec 46,1854 ha à Seloghin, 502 ha à Goghin et 110,8155 ha à Tansobintenga. Soit au total 659,001 ha sur l’ensemble du territoire communal. Le village de Goghin, à lui seul, va libérer plus de 1 000 ha pour deux sociétés immobilières, soit les 502 ha de Saha immobilier SA et 500 ha de la société Consortium Afrique.

Mais dans un tel contexte et tout comme par le passé, il se susurre que l’argent a à nouveau circulé entre les conseillers et les promoteurs immobiliers pour avoir les faveurs du Conseil municipal. Certains habitants de Saaba n’hésitent pas à parler de mafia au sein du Conseil municipal. En effet, dans la pratique, comme cela ressort dans nos précédentes publications, conseillers municipaux et promoteurs immobiliers se font la cour. Cela consiste, d’un côté, à soudoyer les conseillers municipaux qui n’hésitent pas à aller à la soupe pour monnayer leur vote. Et de l’autre côté, les promoteurs qui courent vers des conseillers pour faire des «propositions concrètes».

Du côté des promoteurs immobiliers, certains font, pour le moment, la fine bouche. D’autres par contre, sans langue de bois, confessent avoir été approchés par des conseillers municipaux à propos de leurs dossiers introduits. L’un des derniers cas est celui de ce promoteur à qui trois conseillers municipaux ont exigé 3 millions FCFA. En effet, ce promoteur a acquis un espace avec les propriétaires terriens. Il ne lui reste qu’à obtenir la délibération du Conseil municipal. Les 3 conseillers municipaux et le promoteur immobilier tombent d’accord sur le montant de 3 millions FCFA. A la grande surprise du promoteur, à la veille de l’ouverture de la session, les trois conseillers font monter les enchères. Ils exigent plus. Le montant passe alors à 4 millions FCFA. Le promoteur, confiant qu’une délibération sera prise en sa faveur au cours de la session, n’hésite pas. Il fait remettre les 4 millions FCFA aux conseillers en question. Malheureusement, le Conseil municipal n’a pas donné une suite favorable à la demande du promoteur en question. Aux dernières nouvelles, les conseillers ont retourné les 4 millions au promoteur pour n’avoir pas pu faire prendre une délibération favorable.

Les accointances du Maire

Mais il n’y a pas que ces trois conseillers, puisque cette pratique, comme le disent des témoins, semble être la nouvelle forme de gouvernance à la Mairie. Le Maire Joseph Dipama lui-même n’est pas en reste. Apprend-on. Il est pointé du doigt et serait aussi bien trempé dans cette pratique. Ses accointances avec certains promoteurs immobiliers ne font plus l’objet d’aucun secret. Le 19 mars, le jour de l’ouverture de la session, l’un des conseillers, un élu de Saaba, et le Maire auraient été aperçus en compagnie d’un promoteur immobilier dans la cour de la Préfecture de Saaba. Que se sont-ils dit ? Mystère ! Pendant la période de la session, du 19 au 22 mars 2019,  les rencontres entre le Maire et d’autres promoteurs immobiliers se sont multipliées. Les nuits du 19 et du 20 mars, le Maire Joseph Dipama aurait été aperçu en compagnie de promoteurs immobiliers dans l’enceinte du SIAO et à Dassasgho.

Le MPP complice ou coupable ?

Face à une telle situation, l’on se demande quelle est la position de la formation politique du Maire, le MPP. Selon certains militants de la sous-section  MPP de Saaba, les agissements du Maire mettent mal à l’aise le parti. Le problème a régulièrement été posé au Bureau exécutif qui avait même attiré l’attention du Maire Joseph Dipama, d’où sa sanction lors du dernier congrès. Mais rien n’a visiblement changé. Dans une note adressée au Bureau du parti, des militants se sont insurgés. Pour eux, certains comportements pouvaient être qualifiés d’erreurs de débutant. «Cependant, force est de constater que le Maire, par ses méthodes et décisions, a commis de graves fautes préjudiciables à la bonne marche de la Commune». Disent les militants dans leur lettre adressée aux premiers responsables du parti. Et pourtant, ces erreurs sont devenues par la suite des habitudes et méthodes de gestion. En somme, les militants parlent de stratégie de personnalisation du patrimoine de la Commune.

Un dossier sur la gestion du Maire Joseph Dipama a été déposé au Secrétariat exécutif national et a été attribué à un membre du SEN, par ailleurs conseiller du président  du  Faso. A ce qu’on dit au sein du parti, le conseiller du président a déposé son rapport. Que contient-il ? L’on n’en sait pas grand-chose pour l’instant. Jusque-là, les militants du parti du «soleil levant»  à Saaba scrutent l’horizon, dans l’espoir d’une décision qui les réconciliera avec leur parti. Mais rien pour l’instant. Alors, qui protège le «tout-puissant» Maire de Saaba ? Lors d’un entretien que ce dernier nous avait accordé en 2018, il disait : «Vous me connaissez ? Si on dit que je ne vais pas tomber, je ne vais pas tomber. Vous êtes qui même ?». Cela sonne comme une main extérieure sur laquelle le bouillonnant Maire sait compter. Contacté afin de comprendre la situation exacte des reproches faits par les militants, le président par intérim du MPP, Simon Compaoré, confie ne pas vouloir s’exprimer sur la vie des sous-sections. Pour lui, cela relève des prérogatives du Secrétaire général de la section provinciale du Kadiogo. Après moult tentatives, le Secrétaire général de la section provinciale accuse réception de notre message par téléphone et promet de nous revenir. Mais jusqu’à ce que nous bouclions ces lignes, rien de sa part. Pour sûr, à Saaba, des gros bonnets de la République ont des investissements. Des membres du gouvernement, des responsables d’institution, des chefs coutumiers et pas des moindres, et bien d’anonymes tapis dans l’ombre et qui tirent les ficelles ! Pendant encore combien de temps ? Affaire à suivre !

Par Aimé NABALOUM